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Retraite

Retraites des fonctionnaires : d'où vient le taux de 82 %

Depuis le 1er janvier 2026, l'État verse 82,28 % du traitement de ses fonctionnaires civils au titre de leur retraite, contre 16,58 % pour un employeur du privé. Les deux taux ne portent pas sur la même assiette. Cet écart ne mesure pas une pension plus généreuse : il mesure un mode d'équilibrage, celui d'un compte du budget de l'État qui ne peut jamais être à découvert et dont ce taux est le seul levier.

Deux taux, deux assiettes

Un décret publié fin décembre 2025 a porté à 82,28 % le taux de contribution que l'État verse pour la retraite de ses fonctionnaires civils, contre 16,58 % pour un employeur du secteur privé [S1] [S5]. La comparaison bute d'emblée sur un obstacle : les deux taux ne s'appliquent pas à la même base. Le taux public ne porte que sur le traitement indiciaire, la part de la rémunération fixée par la grille. Le taux privé porte sur le salaire brut entier d'un non-cadre, sous le plafond de la sécurité sociale. Or les primes représentent 24,7 % du salaire brut d'un fonctionnaire d'État en 2023 [S6]. L'essentiel de ce quart échappe au taux affiché.

Ce taux ne concerne que les fonctionnaires civils de l'État, agents des ministères. Les collectivités et l'hôpital relèvent d'une autre caisse.

Plus de trente points côté public, un point côté privé

Le taux n'a pas toujours valu 82 %. À la création du compte qui retrace ces pensions, en 2006, il s'établissait à 49,90 % [S5]. Il a grimpé sans interruption jusqu'à 74,28 % en 2014, porté par la dégradation du rapport démographique du régime, la baisse du nombre de fonctionnaires d'État et les transferts d'agents vers les collectivités. Il est ensuite resté figé dix ans, jusqu'en 2024. Le compte était excédentaire et les réformes de 2003 et 2010 freinaient la dépense.

Depuis 2022, la revalorisation des pensions sur l'inflation accélère la dépense pendant que la réserve du compte s'épuise. Deux hausses de 4 points ont suivi, à 78,28 % en 2025 puis 82,28 % en 2026 [S4]. Le taux privé comparable, lui, est passé de 15,60 % en 2006 à 16,58 % en 2024, dernière année publiée [S5]. Plus de trente points gagnés d'un côté entre 2006 et 2026, un point de l'autre entre 2006 et 2024. Cet écart de trajectoire n'est pas une divergence de générosité. L'un est un taux négocié et réglementé, l'autre est le résultat d'une division.

Plus de trente points côté public, un point côté privé

Taux de contribution employeur retraite, en %, secteur public 2006 à 2026, secteur privé 2006 à 2024

  • Secteur public, fonctionnaires civils de l'État : taux en vigueur chaque année, 2006 à 2026.
  • Secteur privé, employeur de droit commun : deux repères connus seulement, 2006 et 2024. Aucune donnée entre les deux, aucune donnée après 2024, dernière année publiée.

Sources : Rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique, annexe au projet de loi de finances pour 2025 (2006 à 2024) · Décrets 2025 et 2026 · COR, rapport annuel, juin 2026

Un compte qui ne doit jamais être à découvert

Les pensions des fonctionnaires d'État ne sortent pas d'une caisse de retraite. Elles transitent par un compte du budget de l'État, créé en 2006, qui enregistre d'un côté les contributions des employeurs et les retenues sur les salaires, de l'autre les pensions versées [S2]. La loi organique qui régit le budget lui interdit d'être à découvert : son solde cumulé doit rester positif. Quand la réserve fond, le taux monte. C'est le seul levier.

La réserve est passée de 9,5 milliards d'euros fin 2021 à 4,6 milliards fin 2024, puis à 2,6 milliards fin 2025 [S3]. Le compte a enregistré un déficit annuel de 2,0 milliards en 2025, le quatrième d'affilée. Ce qui reste représente environ deux semaines de dépenses. Les deux hausses de 4 points de 2025 et 2026 viennent de là.

Reste l'assiette. Le taux ne s'applique qu'au traitement indiciaire, augmenté de quelques primes qui ouvrent droit à pension [S2]. Les 24,7 % de primes en sont pour l'essentiel exclus. À dépense donnée, plus la base est étroite, plus le taux affiché est élevé. Ramené à la rémunération brute entière, ce taux vaut environ 62 %.

Ce sur quoi le taux s'applique

Assiette publique et privée comparées en pourcentage, repère en euros à part

Part de la rémunération brute · millésime 2023

Rémunération brute d'un fonctionnaire d'État

Traitement indiciaire, assiette de la cotisationPrimes, pour l'essentiel hors assiette

Salaire brut d'un salarié dont l'employeur relève du droit commun, non-cadre sous le plafond de la sécurité sociale

Pour mémoire, en euros · cas type moyen, millésime 2024

3 121 €

Rémunération brute mensuelle moyenne

2 390 €

Dont traitement indiciaire

Ce repère en euros ne se déduit pas de la décomposition en pourcentage ci-dessus, et inversement : les deux ne portent pas sur le même millésime.

Sources : DGAFP, rémunérations dans la fonction publique, édition 2025 (données 2023) · IPP, cas type 2024

Le même mécanisme produit le résultat inverse du côté de l'agent. Un fonctionnaire d'État gagnait en moyenne 3 121 euros brut par mois en 2024, dont 2 390 euros de traitement indiciaire [S8]. Sa retenue pour pension, 11,10 %, ne porte que sur ces 2 390 euros [S2]. Elle représente 265 euros par mois, soit 8,5 % de sa rémunération totale, hors dispositif de retraite complémentaire assis sur les primes. Un salarié du privé au même brut verse 353 euros, soit environ 11,3 % [S2]. Le taux employeur élevé et la cotisation salariale plus faible ont la même cause : l'assiette étroite.

Trois rapports possibles, aucun faux

L'écart entre les deux taux dépend de la correction appliquée. Sans correction d'assiette, 82,28 % contre 16,58 %, le rapport est de près de cinq. La Cour des comptes écrit que le taux public est plus de cinq fois supérieur au taux de cotisation patronal du régime général [S3]. Ce qui se joue ici n'est pas le nombre exact : aucune de ces deux lectures ne corrige l'assiette. S'y arrêter fausse la comparaison. À assiette ramenée, environ 62 % contre 16,58 %, le rapport tombe à 3,7. Un troisième calcul isole en plus la part qui compense le déséquilibre démographique du régime. Le rapport revient alors à 2,1, soit 34,7 % contre 16,58 %. C'est une convention proposée par l'Institut des politiques publiques et le Conseil d'analyse économique, non adoptée [S8] [S9].

Trois rapports possibles, aucun faux

Taux employeur public contre taux employeur privé (16,58 %, inchangé aux trois étages), selon la correction d'assiette

Sans correction d'assiette

Rapport : près de 5

Secteur public
82,28 %
Secteur privé
16,58 %

À assiette ramenée

Rapport : 3,7

Secteur public
environ 62 %
Secteur privé
16,58 %

Calcul La Note, taux ramené à la rémunération brute entière

Compensation démographique isolée

Rapport : 2,1

Secteur public
34,7 %
Secteur privé
16,58 %

Convention proposée par l'IPP et le CAE, non adoptée

Sources : Décret 2026 (taux public 2026) · Rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique, annexe au projet de loi de finances pour 2025 (taux privé 2024) · DGAFP (part des primes 2023) · IPP · CAE (taux corrigés)

Cette comparaison ne dit pas que les pensions publiques seraient plus généreuses. Appliquer les règles du privé aux fonctionnaires sédentaires nés en 1958 laisserait leur pension moyenne supérieure de 1,5 % à leur pension actuelle, avec 62 % de gagnants et 32 % de perdants [S7]. Elle ne dit pas non plus que les périmètres se recouvrent. Le régime public couvre aussi l'invalidité et des départs anticipés propres aux métiers régaliens, que le privé finance ailleurs.

Cette convention alternative est discutée depuis fin 2024. La direction du budget objecte qu'isoler cette compensation démographique minorerait mécaniquement le taux de prélèvement obligatoire et la dépense publique affichée, position que rapporte le Sénat [S10]. La Cour des comptes, elle, constate l'écart et a annoncé pour juillet 2026 un rapport sur les modalités de financement de ce compte [S3]. Au 27 août 2026, il ne figurait pas parmi les publications de la Cour [S11].

Ce que les chiffres établissent tient en une phrase : 82,28 % est le taux qui équilibre un compte budgétaire, pas le prix d'une retraite.


Sources

[S1] Légifrance, Décret n° 2025-1341 du 26 décembre 2025 relevant le taux de la contribution employeur due au compte d'affectation spéciale Pensions au titre des fonctionnaires civils de l'État et des magistrats, décembre 2025. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053175170

[S2] Ministère chargé du budget, Projet annuel de performances, compte d'affectation spéciale « Pensions », annexe au projet de loi de finances pour 2026, octobre 2025. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/dyn/contenu/visualisation/1088071/file/PAP2026_CS_CAS_Pensions_YD.pdf

[S3] Cour des comptes, Analyse de l'exécution budgétaire 2025, compte d'affectation spéciale Pensions, avril 2026. https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2026-04/NEB-2026-Pensions.pdf

[S4] COR, Évolutions et perspectives des retraites en France, rapport annuel, juin 2026. https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2026-06/RA_2026_def.pdf

[S5] Direction du budget, DGAFP et Caisse des dépôts, Rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique, annexe au projet de loi de finances pour 2025, octobre 2024. https://www2.assemblee-nationale.fr/static/17/Annexes-DL/PLF2025-Jaunes/12-Jaune_pensions.pdf

[S6] DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, édition 2025, vue « Les rémunérations dans la fonction publique en 2023 », 2025. https://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/publications/vue-rapport-annuel/ra_2025_vue_remunerations_niveaux.pdf

[S7] DREES, Retraite : règles de la fonction publique et du privé, comparaison du calcul des droits à la retraite à l'aide du modèle Trajectoire, Les Dossiers de la DREES n° 103, novembre 2022. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/les-dossiers-de-la-drees/retraite-regles-de-la-fonction-publique

[S8] Institut des politiques publiques, Patrick Aubert, Maïlys Pedrono, Maxime Tô et Todor Tochev, Retraites des fonctionnaires d'État : faut-il changer la convention comptable ?, chapitre de Perspectives budgétaires, juin 2025. https://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2026/04/chapitre_3_CAS_PENSION-_web.pdf

[S9] Conseil d'analyse économique, Hélène Paris, Retraites des fonctionnaires d'État : pas de déficit caché mais un coût salarial surévalué, Focus n° 121, septembre 2025. https://cae-eco.fr/static/pdf/Focus_121_pension_2509123.pdf

[S10] Sénat, commission des affaires sociales, Avis sur le projet de loi de finances pour 2026, mission Régimes sociaux et de retraite et compte d'affectation spéciale « Pensions », rapporteur pour avis Pascale Gruny, décembre 2025. https://www.senat.fr/rap/a25-142-3/a25-142-3_mono.html

[S11] Cour des comptes, Liste des publications de l'institution, triée par date, consultée le 27 août 2026. https://www.ccomptes.fr/fr/publications?f%5B0%5D=institution%3A98