Immigration : moins d'entrées et un taux d'emploi plus bas qu'en Europe
La France fait entrer moins d'immigrés que ses voisins : 5 480 premiers titres de séjour par million d'habitants en 2025, contre 7 348 au milieu des 27 de l'UE. Ceux qui y vivent travaillent moins qu'ailleurs en Europe. Selon l'OCDE, c'est d'abord par l'emploi que passe leur contribution aux finances publiques.
Plus d'un habitant sur dix est immigré, une part en hausse depuis 2015
Pour l'INSEE, un immigré est une personne née non française à l'étranger qui vit en France. Elle a pu devenir française depuis. En 2025, la France compte 7 970 000 immigrés selon l'INSEE, soit 11,6 % de ses habitants.
Leur part a augmenté, de 9,3 % en 2015 à 10,7 % en 2023. En 2024, un nouveau mode de collecte du recensement, par smartphone, a fait compter comme immigrées 242 000 personnes auparavant classées non immigrées. La hausse affichée entre 2023 et 2024 est de 440 000 immigrés ; corrigée de cet effet par l'INSEE, elle est de 198 000.
La part des personnes nées à l'étranger est au niveau de la moyenne de l'UE
Pour comparer les pays européens, l'INSEE utilise lui-même une définition plus large : toutes les personnes nées à l'étranger, y compris celles nées françaises. Sur cette base, elles forment 13,99 % de la population de la France au 1er janvier 2025, contre 14,36 % dans l'UE, selon Eurostat. L'écart avec les 11,6 % de l'INSEE tient pour l'essentiel aux Français de naissance nés hors de France.
Part des personnes nées à l'étranger dans la population, 1er janvier 2025
La France, une sélection de sept pays d'Europe de l'Ouest à longue histoire migratoire et la moyenne de l'UE à 27
Italie
France
Union européenne à 27
Pays-Bas
Espagne
Belgique
Allemagne
Suède
Autriche
Près de la moitié des immigrés sont nés en Afrique, près d'un tiers en Europe
Selon l'INSEE, 49,2 % des immigrés vivant en France en 2025 sont nés en Afrique, 30,3 % en Europe, 14,3 % en Asie et 6,2 % en Amérique ou en Océanie. Sept pays en regroupent 46,3 % : l'Algérie, le Maroc, le Portugal, la Tunisie, l'Italie, la Turquie et l'Espagne.
Les dix premiers pays de naissance des immigrés vivant en France
Part de chaque pays dans l'ensemble des immigrés, en %, 2025
Sénégal
Comores
Côte d'Ivoire
Espagne
Italie
Turquie
Tunisie
Portugal
Maroc
Algérie
- Afrique
- Europe
- Asie
L'Algérie et le Maroc comptent chacun plus d'un immigré sur dix, avec 12,6 % et 11,7 %. Aucun autre pays de naissance ne dépasse 7,2 %, la part du Portugal.
Rapporté à sa population, la France fait entrer moins d'immigrés que ses voisins
Selon l'INSEE, 375 000 immigrés sont arrivés en France en 2022 pour s'y installer au moins un an, enfants et citoyens européens compris, puis 313 000 en 2024.
Les premiers titres de séjour, première autorisation de résider en France, vont pour l'essentiel à des adultes venus de pays hors de l'UE. Un titre peut aussi revenir à une personne arrivée une autre année, après une régularisation ou une demande d'asile acceptée. Eurostat en compte 377 462 en France en 2025. Rapporté à la population, ce nombre équivaut à 5 480 titres par million d'habitants. Une fois les 27 pays de l'UE classés par habitant, le pays du milieu en délivre 7 348. L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la Belgique en délivrent toutes davantage par habitant.
Par habitant, la France délivre pour un emploi moins d'un tiers des titres du pays du milieu de l'UE
En 2025, la France a délivré 50 848 premiers titres de séjour pour un emploi, selon Eurostat, soit 738 par million d'habitants, contre 2 342 pour le pays du milieu de l'UE. En France, les études et la famille motivent chacune davantage de titres que le travail.
Premiers titres de séjour délivrés pour un emploi, pour un million d'habitants, 2025
La France, une sélection de sept pays d'Europe de l'Ouest à longue histoire migratoire et la médiane de l'UE
Belgique
France
Autriche
Italie
Suède
Pays-Bas
Allemagne
Médiane de l'UE
Espagne
Le nombre de titres pour un emploi a été multiplié par 2,4 en France de 2015 à 2025.
L'asile fait exception : plus de demandes par habitant que dans l'UE
Eurostat compte 116 475 premières demandes d'asile en France en 2025, sans les demandes déposées à nouveau après un refus. Rapportées à la population, elles sont plus nombreuses que dans l'UE : 1 691 par million d'habitants, contre 1 490.
Premières demandes d'asile, pour un million d'habitants, 2025
La France, une sélection de sept pays d'Europe de l'Ouest à longue histoire migratoire et la moyenne de l'UE à 27
Suède
Pays-Bas
Allemagne
Autriche
Union européenne à 27
France
Italie
Belgique
Espagne
En première instance, devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), 40,0 % des décisions accordent une protection en 2025 selon Eurostat, contre 39,1 % dans l'UE. La moyenne européenne inclut des statuts humanitaires propres à certains pays, surtout l'Espagne et l'Italie, qui n'existent pas en droit français.
Le taux de l'UE a reculé de 51,4 % à 39,1 % en un an. Le taux français, lui, passe de 26,5 % en 2015 à 40,0 % en 2025, une hausse que l'Ofpra lie au poids de trois nationalités, afghane, ukrainienne et haïtienne : elles représentent 51 % de ses protections en 2025. Avec les recours gagnés devant la Cour nationale du droit d'asile, la France accorde 72 905 protections en 2025, 2,8 fois plus qu'en 2015, selon Eurostat.
Aucune statistique publique ne mesure le nombre de personnes en situation irrégulière
Une entrée irrégulière ne s'enregistre pas : pour la Cour des comptes, en janvier 2024, ce nombre « ne peut être qu'estimé ». La fourchette de 600 000 à 900 000 personnes qui circule vient de Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, lors d'une audition rapportée par le Sénat en novembre 2022, sans méthode publiée à son appui. Parmi les repères indirects, l'aide médicale de l'État, qui prend en charge les frais de santé des personnes démunies en situation irrégulière, compte 465 208 bénéficiaires fin 2024 selon une annexe au budget, sans ceux qui ne la demandent pas.
Les personnes nées à l'étranger travaillent moins en France qu'ailleurs dans l'UE
La moitié des immigrés arrivés en France en 2024 avaient entre 19 et 36 ans, selon l'INSEE, pour un âge médian de 26 ans. Les enfants représentent 22 % de ces arrivées. Selon l'OCDE, l'âge pèse, comme l'emploi, sur ce que ces personnes versent aux finances publiques et sur ce qu'elles en reçoivent.
En 2024, selon l'OCDE, 63,0 % des 15-64 ans nés à l'étranger ont un emploi en France, contre 67,9 % dans l'UE. Leur écart avec les personnes nées en France atteint 6,9 points, près du double de l'écart dans l'UE, 3,5 points. Les personnes nées en France travaillent elles aussi un peu moins qu'ailleurs dans l'UE, mais l'écart est bien plus marqué pour les personnes nées à l'étranger.
Taux d'emploi des personnes nées à l'étranger en 2024
Part des 15-64 ans nés à l'étranger qui ont un emploi, en %
Une sélection de pays d'Europe et la moyenne de l'UE
France
Italie
Espagne
Moyenne de l'UE à 27
Allemagne
Pays-Bas
Royaume-Uni
Selon l'OCDE, leur solde pour les finances publiques est négatif, comme celui des natifs
Parmi les organismes publics, l'OCDE a publié en 2021 la mesure la plus récente du solde de l'immigration pour les finances publiques, avec sa méthode. Elle porte sur les personnes nées à l'étranger. Pour chaque année de 2006 à 2018, elle compare ce qu'elles versent en impôts et cotisations à leur part des dépenses publiques.
Cette mesure fait porter à chaque habitant sa part de toutes les dépenses, défense et intérêts de la dette compris. Le solde des personnes nées à l'étranger est alors de -17,8 milliards d'euros par an en moyenne sur 2006-2018, soit 0,85 % de la richesse produite chaque année en France sur cette période.
Ce partage des dépenses communes décide si le résultat est positif ou négatif. Les comptes publics étant en déficit sur la période, la mesure donne aussi un solde négatif aux personnes nées en France. Un prochain article de La Note revient sur ce choix de partage. L'OCDE n'a pas renouvelé l'exercice depuis.
C'est d'abord par l'emploi que passe leur contribution aux finances publiques
Pour la France, l'OCDE trouve que l'écart avec les natifs tient davantage à ce que les personnes nées à l'étranger versent qu'à ce qu'elles reçoivent. Par habitant, sur 2006-2018, elles apportent 12 % de recettes publiques de moins que les personnes nées en France, quand les dépenses qui leur reviennent sont inférieures de 6 %. Dans l'ensemble des pays étudiés, et pour les personnes en âge de travailler, l'OCDE attribue une grande part de l'écart de solde avec les natifs à un taux d'emploi plus bas.
Elle en chiffre l'effet pour les 25-54 ans. S'ils avaient le taux d'emploi des natifs de même sexe et de même diplôme, leur contribution nette serait plus élevée, en moyenne sur 2006-2018, de 4,6 milliards d'euros par an, soit 0,22 % de la richesse produite chaque année. Ce gain ne porte que sur les 25-54 ans et ne se retranche pas des 17,8 milliards, qui couvrent toutes les personnes nées à l'étranger.
Les montants de 35 à 54 milliards d'euros qui circulent reposent sur d'autres choix de calcul
Des montants de 35 à 54 milliards d'euros par an circulent dans le débat public. L'Observatoire de l'immigration et de la démographie, un cercle de réflexion, avance 35 à 40 milliards, montant repris à 40 milliards par Jordan Bardella sur France 2. Le haut de la fourchette vient d'une étude de l'association Contribuables associés.
Plusieurs de ces montants comptent avec les immigrés leurs enfants nés en France, que l'OCDE range parmi les natifs. D'autres reprennent un pourcentage mesuré sur des années anciennes et l'appliquent à la richesse produite une année récente, plus élevée. Une autre étude publiée par l'Observatoire ne compte que les personnes de nationalité étrangère, sans les impôts indirects comme la TVA.
Aucune mesure du solde des réfugiés ne couvre la France ni ne se compare en Europe
La mesure de l'OCDE ne distingue pas les réfugiés des autres personnes nées à l'étranger. L'organisation le constate en 2021 : les données par motif d'entrée n'existent que dans quelques pays, comme le Canada. Pour la France, aucune étude publique ne fait cette distinction. Le Danemark et la Suède ont publié leurs propres études, qui ne se comparent pas entre elles : l'une porte sur une année, l'autre sur toute la vie.
Le repère le plus proche reste l'emploi. Selon Eurostat, 52,5 % des 15-64 ans nés à l'étranger et venus en France pour une protection internationale ont un emploi en 2025, contre 56,3 % dans l'UE. C'est un déterminant du solde, pas le solde.
Sources
[S1] INSEE, Population immigrée et étrangère en France, données annuelles de 1921 à 2025, 4 juin 2026. Fichier de données, figures 1 et 2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381757
[S2] INSEE, Note méthodologique. Rupture de série dans la mesure des populations immigrées dans les enquêtes annuelles de recensement récentes, 4 juin 2026. P. 1-4 et 7. https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/2383177/Note_methodo_rupture_serie_immigration.pdf
[S3] INSEE, C. Pariset, Flux migratoires. Les entrées sur le territoire diminuent en 2024 et retrouvent leur niveau d'avant-crise sanitaire, Insee Première n° 2107, juin 2026. P. 1, figure 3 p. 3, encadré Sources p. 4. https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8998082/ip2107.pdf
[S4] Eurostat, migr_resfirst, premiers titres de séjour par motif, dont activités rémunérées, base du 28 septembre 2026 ; population au 1er janvier, demo_gind, base du 30 septembre 2026. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/migr_resfirst
[S5] Cour des comptes, La politique de lutte contre l'immigration irrégulière, rapport public thématique, janvier 2024. P. 21. https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-02/20240104_Politique-lutte-contre-immigration-irreguliere.pdf
[S6] Sénat, Projet de loi de finances pour 2023 : Immigration, asile et intégration, avis n° 121 (2022-2023), tome II, novembre 2022. https://www.senat.fr/rap/a22-121-2/a22-121-2_mono.html
[S7] République française, Document de politique transversale « Politique française de l'immigration et de l'intégration », annexe au projet de loi de finances pour 2026. P. 79. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/dyn/contenu/visualisation/1090089/file/8-DPT2026_Immigration.pdf
[S8] INSEE, L'essentiel sur… les immigrés et les étrangers, page en ligne, 25 juin 2026. Onglet « En quelques chiffres », rubrique « Où sont nés les immigrés vivant en France ? », année 2025, données provisoires ; onglet « En six questions », question « Comment se situe la France par rapport aux autres pays de l'Union européenne ? », 1er janvier 2025. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3633212
[S9] OCDE, International Migration Outlook 2025, novembre 2025. Tableau 1.6, p. 61 du livre, p. 63 du PDF. https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2025/11/international-migration-outlook-2025_355ae9fd/ae26c893-en.pdf
[S10] Eurostat, asile : migr_asyappctza, demandeurs, base du 3 septembre 2026 ; migr_asydcfsta, décisions de première instance, base du 24 août 2026 ; migr_asydcfina, décisions définitives, base du 22 mai 2026 ; population demo_gind, base du 30 septembre 2026. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/migr_asyappctza
[S11] Ofpra, Rapport d'activité 2025, juillet 2026. P. 2 et 66. https://www.ofpra.gouv.fr/sites/default/files/2026-07/Rapport%20d%27activit%C3%A9%202025%20Ofpra.pdf
[S12] OCDE, International Migration Outlook 2021, chapitre 4, octobre 2021. P. 113, 115, 120, 122, 125-126, 128-129, 132-133 et 140 du livre, tableaux 4.1, 4.3, 4.4, 4.5 et 4.6. https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2021/10/international-migration-outlook-2021_ea4f9277/29f23e9d-en.pdf
[S13] Finansministeriet (Danemark), Indvandreres nettobidrag til de offentlige finanser i 2019, version révisée, septembre 2023. P. 7 et 13. https://fm.dk/media/5cnhiydz/indvandreres-nettobidrag-til-de-offentlige-finanser-i-2019_revideret-september-2023-a.pdf
[S14] Expertgruppen för studier i offentlig ekonomi (Suède), J. Ruist, Tid för integration, ESO 2018:3, mai 2018. P. 11 et 68. https://eso.expertgrupp.se/wp-content/uploads/2018/05/ESO-2018_3-Tid-for-integration.pdf
[S15] Eurostat, lfsa_pfganwsm, population née à l'étranger par motif principal de migration et statut d'activité, base du 10 septembre 2026. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/lfsa_pfganwsm
[S16] Eurostat, migr_pop3ctb, population au 1er janvier par pays de naissance, base du 25 septembre 2026. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/migr_pop3ctb
[S17] INSEE, Produit intérieur brut (PIB) et grands agrégats économiques en 2025, comptes nationaux annuels base 2020, mai 2026. Tableau 1.101, série 1949-2025. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8988797
[S18] AFP Factuel, repris par De Facto, G. Gérard, « Coût » de l'immigration : attention aux chiffres trompeurs de « 35 à 40 milliards » d'euros annuels, 9 avril 2024. Article de vérification, cité pour la construction du chiffre. https://defacto-observatoire.fr/Medias/Factuel/Fact-checks/Cout-de-l-immigration-attention-aux-chiffres-trompeurs-de-35-a-40-milliards-d-euros-annuels/
[S19] P. Danon, Réduire le coût net de l'immigration : 7 milliards d'euros d'économies annuelles, publié par l'Observatoire de l'immigration et de la démographie, 7 février 2025. P. 6 et 8. https://observatoire-immigration.fr/wp-content/uploads/2025/02/Le-cout-de-limmigration-Vdef6.pdf
[S20] Contribuables associés, Coût de l'immigration : Jean-Paul Gourévitch répond à la désinformation de Maître Charly Salkazanov de la Fondation Jean Jaurès, 20 septembre 2024. Réponse de l'auteur sur son étude, étude non consultée. https://contribuablesassocies.org/2024/09/20/cout-de-l-immigration-attaque-par-la-fondation-jean-jaures-jean-paul-gourevitch-repond-a-charly-salkazanov/