Budget européen : premier bénéficiaire, deuxième contributeur
En 2024, la France a reçu 16,5 milliards d'euros du budget européen hors plan de relance, plus que les 26 autres États membres. Elle en est aussi le deuxième contributeur net. Un troisième chiffre réconcilie les deux : rapportés à sa population, ces retours la placent au 22e rang sur 27.
Deux chiffres justes qui semblent s'opposer
En 2024, les dépenses du budget européen réalisées en France ont atteint 16,5 milliards d'euros, hors plan de relance NextGenerationEU. C'est le plus élevé des 27 États membres [S1] [S3]. La même année, la France est le deuxième contributeur net de l'Union, avec un solde net comptable de -7,9 milliards d'euros, derrière l'Allemagne [S3]. Ce solde compare ce qu'un pays verse et ce que l'Union dépense chez lui. Les deux chiffres sortent de la même source. Aucun n'est faux.
Le troisième chiffre : 240 euros par habitant
Rapportés à la population, ces 16,5 milliards placent la France au 22e rang sur 27, à 240,3 euros par habitant contre une moyenne de 273,7 dans l'Union [S3]. Le solde net suit la même logique : deuxième contributeur en volume, la France est septième par habitant, à -115,0 euros, loin des -275,6 euros néerlandais [S3]. Le pays pèse lourd dans les totaux parce qu'il est grand. Rapporté à ses habitants, il occupe une position moyenne dans les deux sens.
Quatre rangs différents pour un même pays
Exercice 2024, position de la France parmi les 27 États membres
Ce que la France reçoit (hors NextGenerationEU)(p. 55)
Repère de position : le pays qui reçoit le plus en volume.
16,5 Md€(p. 198)
Repère de position : le pays qui reçoit le plus par habitant.
(p. 198)
Échelle commune aux trois barres, en euros par habitant.
Le solde net de la France (hors NextGenerationEU)
Barres proportionnelles à la valeur absolue du solde net. Les valeurs affichées gardent leur signe négatif.
Repère de position : le plus gros contributeur net en volume.
(p. 199, rang p. 201)
Repère de position : le plus gros contributeur net par habitant.
(p. 199)
Le solde net comptable est la différence entre les dépenses européennes réalisées dans un État, dépenses administratives des institutions comprises, et l'ensemble de ce qu'il verse au budget de l'Union, droits de douane compris : il est négatif quand l'État verse plus qu'il ne reçoit (d'après la définition p. 156). Une seule année, une seule source, quatre rangs différents pour un même pays : l'écart tient à la mesure choisie, pas aux données.
Direction du budget, Relations financières avec l'Union européenne, annexe au PLF 2026, exercice 2024
La politique agricole explique le volume
La rubrique « ressources naturelles », qui porte l'essentiel de la politique agricole commune, représente 9,6 milliards d'euros en 2024, soit 58 % du total reçu [S1] [S3]. Cette part recule : 73 % en 2000, sur le même périmètre, d'après un calcul La Note sur la même annexe [S3].
Le taux de retour agricole dépend du périmètre retenu. Sur la politique agricole et maritime, qui ne recouvre en pratique que le Fonds européen agricole de garantie, ses paiements directs aux agriculteurs et ses mesures de marché [S1], la France reçoit 18,5 % des dépenses de cette politique réparties entre les 27 [S3] [S4]. C'est davantage que sa part dans le financement du budget, 17,2 % la même année [S3] [S4]. Sur ce fonds, la France reçoit plus qu'elle ne contribue en proportion.
L'écart se referme quand le périmètre s'élargit. Sur la politique agricole commune entière, développement rural compris, le taux de retour revient à 17,4 %, que la direction du budget juge « maintenant équivalent à la clé de contribution française au budget » [S3]. Sur la rubrique « ressources naturelles » entière, il passe à 17,1 %, soit un dixième de point sous sa part dans le financement [S3].
La cohésion explique le rang par habitant
La politique de cohésion, qui finance le rattrapage des régions les moins développées, donne l'image inverse. La France en a reçu 1,4 milliard d'euros en 2024, soit 8,2 % de ses retours [S1] [S3]. Son taux de retour sur le Fonds européen de développement régional atteint 5,4 %, l'un de ses plus faibles [S3]. Elle n'est pas éligible au Fonds de cohésion [S3].
Premier bénéficiaire, un rang déjà perdu puis repris
Depuis 2000, la France a été neuf fois le premier bénéficiaire du budget européen, dont quatre années consécutives de 2006 à 2009, d'après un décompte La Note [S1]. Elle a perdu ce rang au profit de la Pologne dans les années 2010, puis l'a repris en 2023 [S3] [S4]. Cette reprise doit moins à ses retours, compris entre 16,5 et 16,9 milliards d'euros depuis 2022, qu'au repli des retours polonais, tombés de 18,3 à 9,1 milliards entre 2022 et 2024 avec la fin du cycle de cohésion 2014-2020 [S1] [S3].
France et Allemagne versent presque autant par habitant, hors droits de douane
Hors droits de douane, les deux pays versent des montants voisins par tête : 324,4 euros pour la France, 328,2 euros pour l'Allemagne en 2024. Droits de douane compris, l'écart s'ouvre, à 354,3 euros contre 376,0. Ces montants par habitant sont un calcul La Note [S1] [S7]. L'écart de solde net se joue d'abord du côté des retours : 240,3 euros par habitant pour la France, 151,2 pour l'Allemagne [S3].
Exercice 2024, 26 États membres sur 27. Les deux échelles diffèrent : la diagonale n'apparaît pas à 45 degrés.
La diagonale n'est pas une ligne de solde net : l'axe horizontal exclut les droits de douane, l'axe vertical exclut NextGenerationEU. La Belgique se place si haut parce que les dépenses administratives des institutions européennes sont imputées à leur pays d'implantation.
Points recalculés sur la population Eurostat au 1er janvier 2024, millésime du 2026-07-21, le jaune budgétaire ne publiant aucune contribution par habitant : le Portugal s'écarte de 5,0 % de la valeur publiée, 283,9 contre 299,0 €/hab, la France de 0,28 %, 239,6 contre 240,3, la moyenne UE-27 tracée ici de 0,18 %, 273,2 contre 273,7 €/hab publiés, et 23 des 27 États sont repris à la décimale, l'écart tenant à une révision de population.
Luxembourg hors tracé, à 656,6 €/hab versés et 4 183,6 €/hab reçus : il relève du même mécanisme administratif que la Belgique, et le tracer écraserait les 26 autres points.
Commission européenne, EU spending and revenue, exercice 2024 · Eurostat, population au 1er janvier 2024, millésime du 2026-07-21 · calcul La Note
Ce que le solde net ne mesure pas
Le prélèvement sur recettes au profit de l'Union, la ligne inscrite au budget de l'État, s'élève à 22,3 milliards d'euros en 2024 [S3] [S6]. En tout, la France verse 24,3 milliards au budget de l'Union, le montant que retient le solde net [S1] [S3]. L'écart, un peu plus de 2 milliards, vient pour l'essentiel des droits de douane [S3], qui ne passent plus par le prélèvement depuis 2010 [S4].
Le solde net a deux définitions officielles. La méthode comptable donne -7,9 milliards d'euros pour 2024. La méthode dite de la Commission, qui exclut les dépenses administratives, donne -5,0 milliards [S3]. Soit 2,9 milliards d'euros d'écart entre deux chiffres également officiels. Ce choix change les classements : en volume, la Belgique passe de premier bénéficiaire net à treizième [S3].
Ces soldes excluent tous NextGenerationEU, financé par emprunt commun. La France en a reçu 8,9 milliards d'euros en 2024, qui ne s'ajoutent pas aux retours du budget ordinaire [S3]. Au titre de la seule facilité pour la reprise et la résilience, l'un de ses instruments, elle dispose d'une enveloppe de subventions de 40,3 milliards d'euros [S3] [S5].
Les deux institutions qui publient ce solde mettent elles-mêmes en garde. La Commission européenne, sur une page en anglais, écrit que le budget de l'Union n'est pas un jeu à somme nulle et que l'affectation des dépenses aux États membres est par définition imparfaite [S2]. La direction du budget ajoute que la notion de solde net « ne saurait à elle seule retracer la totalité des coûts et bénéfices de l'appartenance à l'Union européenne » [S3]. Elles le publient malgré tout : il sert de paramètre dans les négociations budgétaires [S3].
Le solde net ne se retrouve pas dans le déficit français
La comptabilité nationale n'inscrit que le prélèvement sur recettes, auquel s'ajoutent les cofinancements nationaux des projets européens [S3]. Les droits de douane n'y figurent pas, comptés comme un impôt versé directement par les entreprises à l'Union [S3]. Les retours non plus, traités comme des transferts du reste du monde [S3]. Ce qui pèse sur le déficit public, ce sont les 22,3 milliards d'euros du prélèvement et ces cofinancements, pas le solde net.
Sources
[S1] Commission européenne, EU spending and revenue, Data 2000-2024, fichier XLSX publié le 25 septembre 2025, onglet « 2024 ». Le nom du fichier porte encore la mention « 2000-2023 ». https://commission.europa.eu/document/download/45d0623a-529e-44d2-aae4-2ca9bac87ec3_en?filename=eu_budget_spending_and_revenue_2000-2023.xlsx
[S2] Commission européenne, Spending and revenue, EU spending and revenue 2021-2027, encadré « Benefits of EU membership », page en anglais consultée le 2026-08-18. https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/eu-budget/long-term-eu-budget/2021-2027/spending-and-revenue_en
[S3] République française, Direction du budget, Relations financières avec l'Union européenne, annexe au projet de loi de finances pour 2026, octobre 2025, 219 pages. p. 55-56, 72, 81, 85, 90, 95, 146, 149, 156-157, 160, 198-199, 201. PDF consulté sur le miroir de l'Assemblée nationale. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/dyn/contenu/visualisation/1090004/file/13-Jaune2026_Relations_Financieres_UE.pdf
[S4] Sénat, Projet de loi de finances pour 2026 : Affaires européennes, rapport général n° 139 tome III annexe 22, rapporteur spécial Jean-Marie Mizzon, commission des finances, novembre 2025. https://www.senat.fr/rap/l25-139-22/l25-139-22_mono.html
[S5] Sénat, Projet de loi de finances pour 2025 : Affaires européennes, rapport général n° 144 tome III annexe 22, commission des finances, novembre 2024. https://www.senat.fr/rap/l24-144-22/l24-144-225.html
[S6] Sénat, Projet de loi relative aux résultats de la gestion et portant approbation des comptes de l'année 2024 : Affaires européennes, rapport n° 743 tome II annexe 33, commission des finances, juin 2025. https://www.senat.fr/rap/l24-743-233/l24-743-233_mono.html
[S7] Eurostat, Population on 1 January, jeu tps00001, année de référence 2024, données mises à jour le 2026-07-21. https://ec.europa.eu/eurostat/api/dissemination/statistics/1.0/data/tps00001?format=JSON&lang=EN&time=2024