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Finances publiques françaises··3 min de lecture
Éducation

197 milliards pour éduquer la France : d'abord des salaires

En 2024, la France a consacré 197,1 milliards d'euros à l'éducation, soit 6,8 % du PIB, tous niveaux et tous financeurs confondus. Dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités, un poste domine tout le reste : les rémunérations des personnels. Éduquer est d'abord une dépense de personnes.

En 2024, la France a dépensé 197,1 milliards d'euros pour éduquer, soit 6,8 % du PIB, la richesse produite en un an (DEPP, 2024). Ce montant est la dépense intérieure d'éducation, la DIE : tout ce que le pays consacre à l'école, du primaire au supérieur, apprentissage compris, quel que soit le payeur. Une structure simple ressort de ce que dépensent les établissements. Éduquer, c'est d'abord verser des salaires.

Cinq financeurs derrière les 197 milliards

Le chiffre de 197 milliards recouvre plusieurs financeurs. Sur ce total, 161,6 milliards sont de l'argent public : 108,7 pour l'État, 45,4 pour les collectivités territoriales, soit 154,1 à eux deux, auxquels s'ajoutent 7,5 versés par d'autres administrations publiques. Le financement privé pèse 35,5 milliards. Les entreprises en apportent 20,3, surtout via l'apprentissage ; les ménages 15,2, soit les dépenses des familles. Le compte boucle : 161,6 plus 35,5 font 197,1 (DEPP, 2024).

Ces 7,5 milliards d'autres administrations publiques demandent une explication. On y trouve les caisses d'allocations familiales, l'Agence nationale de la recherche, entre autres. Ce sont bien des administrations publiques, donc de l'argent public, mais elles ne relèvent pas du budget de l'État. C'est pour cela que la DEPP leur réserve une ligne à part.

Dans les établissements, sept euros sur dix vont aux salaires

Reste à savoir à quoi sert la dépense d'éducation une fois qu'elle arrive dans les établissements. La DEPP répond sur un périmètre plus étroit, les dépenses des écoles, collèges, lycées et universités. La réponse tient dans une seule ligne : les rémunérations, soit les salaires et les charges des personnels. Un peu plus de sept euros sur dix en relèvent, soit 71,3 % en 2023. Le reste va au fonctionnement courant pour 20,3 % et à l'investissement pour 8,4 %, c'est-à-dire le bâti et l'équipement.

Ces rémunérations couvrent deux familles de personnels : les enseignants pour 48,3 % et les non-enseignants pour 23,0 %, les agents territoriaux, administratifs, techniques et de vie scolaire.

Un poste manque à l'appel : les subventions. Il n'existe pas de grande ligne d'aides directes aux familles dans les dépenses des établissements. Ces aides existent, mais ailleurs dans le compte. Le ministère verse 877,9 millions d'euros d'aides directes en 2024, les bourses de collège et de lycée et les fonds sociaux. S'y ajoute l'allocation de rentrée scolaire, 2 174,9 millions, versée par les caisses d'allocations familiales, celles-là même comptées plus haut parmi les autres administrations publiques. Les deux font un peu plus de 3 milliards, moins de 2 % des 197 milliards de dépense d'éducation (DEPP, RERS 2025 fiche 10.06, montants 2024).

Une précision de méthode s'impose. Cette répartition par nature porte sur les dépenses des établissements en 2023, pas sur les 197 milliards de 2024. Les deux chiffres se lisent séparément : l'un dit qui paie en 2024, l'autre comment se structure la dépense des établissements un an plus tôt.

Sept euros sur dix vont aux rémunérations

Dépense des établissements par nature, en % · 2023

  • Rémunérations71,3 %Enseignants 48,3 % (aplat) · non-enseignants 23,0 % (hachuré)
  • Fonctionnement20,3 %Fonctionnement courant des établissements
  • Investissement8,4 %Bâti et équipement

Répartition des dépenses des établissements (producteurs d'éducation), hors subventions aux familles. Les pourcentages sont arrondis.

Dépenses des établissements (producteurs d'éducation), 2023. Source : DEPP, RERS 2025 fiche 10.04

Qui paie : 82 % d'argent public

Retour aux financeurs, cette fois en parts. L'État porte 55,2 % de la dépense, les collectivités 23,0 %, les entreprises 10,3 %, les ménages 7,7 % et les autres administrations publiques 3,8 % (DEPP, 2024). Regroupés, l'État, les collectivités et les autres administrations publiques forment 82 % d'argent public, soit 161,6 milliards. Le financement privé, ménages et entreprises réunis, pèse 18 %, soit 35,5 milliards.

82 % de la dépense vient de l'argent public

Dépense intérieure d'éducation par financeur · 197,1 Md€ au total · 2024

  • État108,7 Md€55,2 % du total
  • Collectivités territoriales45,4 Md€23 % du total
  • Entreprises20,3 Md€10,3 % du total
  • Ménages15,2 Md€7,7 % du total
  • Autres administrations publiques7,5 Md€3,8 % du total

État, collectivités territoriales et autres administrations publiques réunis : 82 % de la dépense (161,6 Md€). Entreprises et ménages réunis : 18 % (35,5 Md€).

Dépense intérieure d'éducation, 2024. Source : DEPP, NI 25-52

Ce partage suit une règle simple. L'État recrute et paie les enseignants. Les collectivités portent les murs et le fonctionnement : les communes pour les écoles, les départements pour les collèges, les régions pour les lycées. C'est ce partage qui explique le poids des salaires : le premier financeur, l'État, porte d'abord la rémunération des personnels, tandis que le bâti et le fonctionnement pèsent bien moins lourd.

Ce partage se déforme selon le niveau d'enseignement. Dans le premier degré, les écoles, les collectivités financent 38,3 % de la dépense, leur part la plus élevée. Dans le second degré, collèges et lycées, l'État domine nettement, à 67,0 %, quand les collectivités retombent à 20,1 %. Dans le supérieur, un autre acteur s'impose : les entreprises couvrent 21,8 % de la dépense, via l'apprentissage (DEPP, 2024).

Le bloc des collectivités se partage lui aussi. Sur les 45,4 milliards qu'elles financent, les communes en portent 56 %, les régions 27 %, les départements 16 %, le solde relevant d'autres groupements de collectivités (DEPP, 2024). Cette hiérarchie suit les bâtiments dont chaque échelon a la charge : les écoles pour les communes, les lycées pour les régions, les collèges pour les départements.

L'État recule, les collectivités puis les entreprises montent

Cette photo de 2024 est l'aboutissement d'un lent déplacement. En 1980, l'État finançait 67,9 % de la dépense d'éducation, contre 55,2 % en 2024, soit près de 13 points de moins (INSEE, France portrait social 2025). Le recul s'est joué pour l'essentiel avant 2010, à mesure que les lois de décentralisation confiaient aux collectivités le bâti et le fonctionnement. La part des collectivités a suivi le mouvement inverse, de 14,3 % en 1980 à 23,0 % en 2024. Depuis 2010, le moteur a changé. L'État et les collectivités se sont stabilisés. Ce sont désormais les entreprises qui progressent, de 8,3 % à 10,3 %, portées par l'essor de l'apprentissage.

Un dernier bloc a monté, plus discret. Les autres administrations publiques pesaient 0,4 % de la dépense d'éducation en 1980, contre 3,8 % en 2024 (INSEE, France portrait social 2025). Deux dispositifs expliquent cette hausse : l'allocation de rentrée scolaire et le compte personnel de formation.

L'État finance moins, les collectivités puis les entreprises financent plus

Part de la dépense d'éducation par financeur, en % · 1980 à 2024

1980199020002010202020232024
  • État1980 : 67,9 % · 2024 : 55,2 %
  • Collectivités territoriales1980 : 14,3 % · 2024 : 23 %
  • Autres administrations publiques1980 : 0,4 % · 2024 : 3,8 %
  • Entreprises1980 : 6,7 % · 2024 : 10,3 %
  • Ménages1980 : 10,7 % · 2024 : 7,7 %

Le dernier jalon (2024) porte les mêmes parts que le camembert des financeurs ci-dessus. Les pourcentages sont arrondis, leur somme annuelle n'est pas toujours exactement 100.

Source : INSEE, France portrait social 2025, fiche F34

Éduquer, c'est d'abord rémunérer des personnels

Partout où l'argent est dépensé, dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités, un peu plus de sept euros sur dix sont des salaires (71,3 %, 2023). Ces personnels ne sont pas tous devant une classe : les enseignants comptent pour 48,3 points, les non-enseignants pour 23,0. La dépense des établissements décrit une activité de main-d'œuvre avant d'être une affaire de bâtiments.


Sources

[S1] DEPP (MENESR), La dépense d'éducation en 2024, Note d'information n° 25.52, septembre 2025. DIE 197,1 Md€, 6,8 % du PIB, répartition par financeur 2024.

[S2] DEPP, Repères et références statistiques (RERS) 2025, chapitre 10, fiche 10.04 (répartition par nature 2023, base producteurs) et fiche 10.06 (bourses et aides directes).

[S3] Rappel du mécanisme de partage (l'État paie les personnels, les collectivités portent le bâti et le fonctionnement). Code de l'éducation : article L211-1 · article L212-4 · article L213-2 · article L214-6. Déjà sourcé Tier 1 dans la note d'enquête socle.

[S4] INSEE, France, portrait social, édition 2025, fiche 34 « Dépenses d'éducation », novembre 2025. Structure du financement de la dépense d'éducation par financeur (parts en %), jalons 1980 à 2024. Cross-check DEPP, RERS 2025 fiche 10.02 (financement initial 2023) et Le financement de l'éducation en 2023, Note d'information n° 24.45 (part des entreprises, apprentissage).