Budget 2027 : ce que l'État augmente, ce qu'il coupe
En 2025, le déficit public français a atteint 5,1 % du PIB, soit 1,8 fois la moyenne de la zone euro. Pour son budget 2027, le gouvernement a transmis au Parlement des plafonds de dépenses en hausse de 0,4 % en valeur. Focus sur les hausses et les baisses, ministère par ministère.
Une position singulière dans la zone euro
Le gouvernement prépare son budget pour 2027, dans une position éloignée de ses voisins européens. En 2025, le déficit public de la France s'est élevé à 5,1 % du PIB (Eurostat, avril 2026). La moyenne de la zone euro était de 2,9 %, celle de l'Union européenne de 3,1 %. Le déficit français représente 1,8 fois la moyenne de la zone euro.
La dette raconte la même chose. La dette publique française atteint 115,6 % du PIB fin 2025, contre 87,8 % en moyenne dans la zone euro et 63,5 % en Allemagne (Eurostat). La France occupe le troisième rang des dettes les plus lourdes de l'Union, derrière la Grèce (146,1 %) et l'Italie (137,1 %).
La moyenne de la zone euro repasse sous le seuil de 3 % en 2025, de 3,0 % en 2024 à 2,9 %, pendant que la France reste à 5,1 %. La divergence porte sur le niveau comme sur le sens : la zone consolide, la France reste en haut du tableau. Les taux d'emprunt français à dix ans ont rejoint le niveau des taux italiens et grecs, après une hausse de 55 points de base, alors que la dette de ces deux pays est plus lourde (Cour des comptes, février 2026).
Déficit public, exercice 2025
Dette brute, exercice 2025
Source : Eurostat, notification EDP d'avril 2026, exercice 2025
L'Allemagne desserre un frein que la France subit
En mars 2025, le Parlement allemand a voté une révision constitutionnelle de son frein à l'endettement, la règle qui plafonne le déficit structurel de l'État fédéral (ministère fédéral allemand des Affaires étrangères). L'Allemagne fait le choix de s'endetter davantage, à partir d'un ratio de dette de 63,5 % du PIB. La France, elle, doit se désendetter à partir de 115,6 %, avec un déficit presque deux fois supérieur.
Un déficit installé en hauteur depuis le Covid
L'écart s'est creusé. Aux chocs communs (crise de 2008-2009, puis Covid en 2020), la France, la zone euro et l'Allemagne plongent ensemble (série harmonisée Eurostat gov_10dd_edpt1). L'Allemagne dégageait des excédents de 2013 à 2019 ; la France restait en déficit, mais sous le seuil de 3 % en 2019 (2,4 %). Ensuite, la zone euro et l'Allemagne reviennent vers 3 % de déficit dès 2024, quand la France se maintient sur un palier de 4,7 % à 5,8 % entre 2022 et 2024, puis 5,1 % en 2025 (INSEE, mars 2026).
Déficit public en % du PIB · vers le haut : plus de déficit
Zone grisée (2022 à 2026) : la France reste sur un palier de 4,7 à 5,8 % de déficit quand la zone euro et l'Allemagne reviennent vers 2,5 à 3 %. Tirets : cible française 2026, non encore exécutée. L'Allemagne est en excédent (en dessous de la ligne d'équilibre) de 2013 à 2019.
Sources : Eurostat, gov_10dd_edpt1, notification EDP d'avril 2026 (série 2000-2025) · Direction générale du Trésor, avril 2026 (cible France 2026)
Une suite de cibles relâchées
Ce palier résulte d'un desserrement continu des objectifs. Pour 2025, la loi de finances initiale visait 5,0 %, un cap ramené à 5,4 % (Cour des comptes). Pour 2026, la cible est passée de 4,6 % à 5,0 %. À chaque étape, l'effort d'une année glisse sur la suivante : la Cour des comptes relève que le relâchement de 2025 a reporté sur 2026 une large part des économies prévues.
L'exécution 2025 fait exception. Le déficit est sorti à 5,1 %, mieux que l'objectif révisé de 5,4 %. Mais cette amélioration repose presque entièrement sur des hausses d'impôts, environ 23 milliards d'euros, non sur des économies de dépense (Cour des comptes). Or le taux de prélèvements obligatoires français est déjà le plus élevé de la zone euro. Le levier fiscal est donc en partie épuisé pour la suite.
Le coût de chaque année reportée
Chaque année passée au-dessus de la trajectoire ajoute au stock de dette, donc à la charge d'intérêts, donc à l'effort restant. La charge de la dette approche 65 milliards d'euros en 2025 (Cour des comptes). Son seul refinancement à des taux plus élevés la porterait au-delà de 100 milliards d'euros en 2029.
Le ratio de dette continue de monter même quand le déficit baisse. Il augmente tant que le déficit dépasse le solde stabilisant, c'est-à-dire le niveau de déficit qui laisserait la dette stable en part du PIB, estimé à 2,2 % du PIB en 2025 (Cour des comptes). À 5,1 %, la France en reste loin.
La Cour des comptes chiffre à environ 80 milliards d'euros l'effort supplémentaire nécessaire pour ramener le déficit sous 3 %. Elle ajoute qu'un rythme de réduction de 0,6 point de PIB par an à partir de 2027 ne ramènerait le ratio de dette à son niveau de 2025 qu'en 2035.
Une hausse de 0,4 % qui cache une baisse
Le contenu chiffré de ce budget a commencé à sortir. Les 15 et 16 juillet 2026, le gouvernement a transmis au Parlement les plafonds de dépenses envisagés pour le projet de loi de finances 2027. Ce document préparatoire, le « tiré à part », ne fixe pas des crédits votés, mais des plafonds prévisionnels, susceptibles d'évoluer avant le dépôt du budget à l'automne.
Le document limite la progression des dépenses des ministères à 0,4 % en valeur pour 2027. Présentée seule, cette hausse ressemble à un desserrement. Rapportée à l'inflation, elle devient une baisse : le gouvernement la chiffre à quatre fois moins que la hausse des prix attendue pour 2027, de l'ordre de 1,7 % (Banque de France, juin 2026). Une dépense qui progresse moins vite que les prix finance moins de biens et de services que l'année précédente.
La baisse est réelle. Sur l'ensemble des dépenses de l'État hors dette et défense, les crédits reculent d'environ 6 milliards d'euros en euros constants. Cette contraction tient à une contrainte simple : deux postes que le gouvernement ne pilote pas d'une année sur l'autre, la charge de la dette et la défense, absorbent la marge disponible avant que le reste du budget soit réparti.
La charge de la dette augmente de 12,3 milliards d'euros entre 2026 et 2027, pour s'établir autour de 74 milliards. La défense gagne 6,4 milliards, pour atteindre 63,4 milliards, en application de la loi de programmation militaire. À eux deux, ces postes mobilisent près de 19 milliards de dépenses supplémentaires. La norme de 0,4 % n'est donc pas un objectif appliqué à chaque ministère : c'est ce qui subsiste une fois la dette et la défense servies.
Ce que l'État préserve, ce qu'il coupe
La norme de 0,4 % est une moyenne. Elle recouvre des mouvements de sens opposés : certaines missions du budget voient leurs crédits progresser, d'autres reculer. Après la défense, l'écologie gagne 1,5 milliard d'euros, la mission solidarité 1,1 milliard, l'enseignement scolaire 0,8 milliard. À l'inverse, la mission travail et emploi perd à elle seule 2,8 milliards, la coupe la plus lourde du budget, devant des reculs plus mesurés sur les retraites, l'aide au développement ou la santé.
Cette distribution est le contenu réel du budget, qu'une moyenne unique masquerait. Le tableau ci-dessous en donne un extrait, missions en hausse d'un côté, missions en baisse de l'autre. La couleur indique le sens de variation des crédits, pas un jugement de valeur.
Crédits des missions du budget 2027, évolution par rapport à 2026 (Md€)
Extrait des missions les plus marquantes.
Missions en hausse
Missions en baisse
La couleur indique le sens de variation des crédits, pas un jugement de valeur.
Source : tiré à part PLF 2027 (rapport en application de l’article 48 de la LOLF, 15 juillet 2026), tableau 2 p.8. Périmètre hors CAS Pensions et hors charge de la dette.
Ce tri ne suffit pas à redresser la trajectoire. Les plafonds transmis portent sur la dépense, pas sur le déficit, dont la cible ne sera fixée qu'avec le budget complet, attendu fin septembre 2026. Sans mesures nouvelles, le déficit ne reculerait pas de lui-même : deux estimations indépendantes le situent autour de 6 % du PIB en 2027.
La mission d'experts sur les finances publiques va plus loin. À politique inchangée, le déficit dériverait vers près de 7 % du PIB en 2030. Au bout de cet enchaînement, la mission place un risque de crise financière. C'est le constat d'une mission officielle indépendante, rapporté ici sans être endossé. La cible officielle, elle, reste un retour du déficit sous 3 % en 2029.
Sources
[S2] Cour des comptes, La situation des finances publiques début 2026 (synthèse), février 2026