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Budget

Croissance : le biais optimiste des budgets de 2004 à 2023

En septembre 2026, le Gouvernement a ramené à 0,5 % sa prévision de croissance 2026, contre 1,0 % dans son projet de budget en octobre 2025. De 2004 à 2023, hors crises, l'hypothèse des budgets a dépassé la première estimation de l'INSEE treize fois sur dix-sept.

Pour 2026, le Gouvernement a ramené sa prévision de croissance de 1,0 % à 0,5 %

Le 11 septembre 2026, le Gouvernement a abaissé à 0,5 % sa prévision de croissance pour 2026. Son projet de budget reposait sur 1,0 %, une hypothèse examinée le 9 octobre 2025 par le Haut Conseil des finances publiques. Cet organisme juge publiquement le réalisme des prévisions du Gouvernement. L'exécutif corrige sa propre hypothèse.

Le ralentissement serait d'abord français. Dans sa Note de conjoncture du 10 septembre 2026, l'INSEE prévoit 0,4 % de croissance pour la France en 2026, après 0,9 % en 2025. Selon l'institut, la France « serait la seule grande économie avancée où l'activité freinerait significativement en 2026 ».

Croissance du PIB en 2025 et 2026 selon l'INSEE

Croissance du PIB en volume, en %, 2026 en prévision

Source : INSEE, Note de conjoncture du 10 septembre 2026, p. 10-11

La trajectoire française croise celle de l'Allemagne, qui accélérerait. Une seule année ne dit pourtant rien de la fiabilité des prévisions budgétaires.

De 2004 à 2023, hors crises, l'hypothèse du budget a dépassé la première estimation de l'INSEE treize fois sur dix-sept

Une étude du secrétariat permanent du Haut Conseil, parue en septembre 2024, fait ce bilan. Elle n'engage que ses auteurs. L'étude compare l'hypothèse de chaque budget à la première estimation de la croissance, publiée par l'INSEE en janvier de l'année suivante. Ses auteurs écartent les révisions plus tardives, qui peuvent changer la définition même des grandeurs mesurées. Cet article retient la même mesure.

La cible bouge toutefois : la croissance 2023, estimée à 0,85 % en janvier 2024, vaut 1,6 % dans les comptes de l'INSEE de mai 2026.

Selon l'étude, sur 2004-2023 hors années de crise (2009, 2020 et 2021), l'hypothèse du budget a dépassé cette première estimation treize fois sur dix-sept. L'écart moyen atteint 0,40 point de croissance : 1,75 % prévu en moyenne, contre 1,35 % mesuré. Selon les auteurs, il est statistiquement significatif : il a peu de chances de tenir au hasard et signale un biais optimiste.

Avec les années de crise, l'écart moyen monte à 1,05 point : près des deux tiers de l'écart brut tiennent à trois années sur vingt.

Un écart plus faible de 2014 à 2023, une surestimation partagée par le consensus

Selon la même étude, l'écart moyen est passé de 0,50 point sur 2004-2013, avant la création du Haut Conseil, à 0,30 point sur 2014-2023. Pris séparément, ces deux écarts ne sont pas statistiquement significatifs, sauf le premier à un seuil moins strict. Le biais est établi sur vingt ans, pas sur dix.

Écart moyen entre l'hypothèse de croissance du budget et la première estimation de l'INSEE

En points de croissance du PIB en volume, hors 2009, 2020 et 2021

Source : Secrétariat permanent du HCFP, É. Dubois et G. Gilquin, note d'étude n°2024-2, septembre 2024, p. 5-8 et tableau 1

Le consensus des économistes surestime lui aussi la croissance, de 0,25 point en moyenne sur 2004-2023 selon la même étude.

Hors crises, les écarts de déficit se compensent presque

Pour le déficit, l'étude retient la première mesure de l'INSEE, en mars de l'année suivante. Cet article convertit en milliards d'euros chaque écart en points de PIB, sur le PIB publié avec cette mesure.

Déficit plus lourd ou moins lourd que prévu au budget, 2004-2023

Écart de solde en points de PIB, converti en milliards d'euros de chaque année, hors 2009, 2020 et 2021. Prévu au projet de loi de finances, constaté à la première mesure de l'INSEE. Barres arrondies au milliard, cumuls calculés avant arrondi

Sources : Secrétariat permanent du HCFP, É. Dubois et G. Gilquin, note d'étude n°2024-2, septembre 2024, graphique 11, p. 20. Prévisions : projets de loi de finances, voir sources. PIB de chaque première notification : Eurostat, communiqués de printemps 2005 à 2020 ; INSEE, Informations rapides n°75 du 28 mars 2023 et n°74 du 26 mars 2024. Conversion en euros : calcul La Note

Neuf années sur dix-sept, le déficit a été plus lourd que prévu : leurs écarts cumulent 89,4 milliards d'euros, contre 77,2 milliards pour les sept années moins lourdes.

La différence nette, de l'ordre de 12 milliards, mêle des euros de dix-sept années différentes. Face aux écarts d'une année sur l'autre, elle reste trop faible pour trancher dans un sens. L'étude le dit en points : hors crises, le déficit prévu se situe en moyenne au niveau du déficit constaté.

En 2022, le budget prévoyait 4,0 % de croissance, contre 2,6 % en première estimation. Le déficit a pourtant été tenu à un dixième de point près. L'inflation, à 5,2 % au lieu de 1,5 %, a gonflé les recettes : elles ont compensé des dépenses plus fortes que prévu.

En 2023, la prévision de croissance était presque juste : 1,0 % contre 0,85 % en première estimation. Le déficit, lui, a atteint 5,5 % du PIB, contre 5,0 % prévus : un écart de 0,5 point de PIB, soit de l'ordre de 14 milliards d'euros. Selon l'étude, les recettes n'ont progressé que de 2,0 %, bien moins vite que le PIB en valeur, qui compte la hausse des prix.

Le déficit se joue sur la croissance en valeur et sur les recettes, pas sur la seule croissance en volume. Selon l'avis du Haut Conseil d'octobre 2025, un PIB en valeur surestimé de 0,5 point coûterait aux recettes environ un quart de point de PIB, soit 6,5 milliards d'euros.

En 2025, la croissance en valeur passe sous le taux d'intérêt de la dette

La Cour des comptes calcule un taux d'intérêt apparent : les intérêts payés par l'ensemble des administrations publiques (État, sécurité sociale, collectivités), rapportés à leur dette.

Croissance du PIB en valeur et taux d'intérêt apparent de la dette, 2020-2025

En %

Source : Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026, tableau 8, p. 46

En 2025, la croissance en valeur passe sous ce taux, une première depuis la crise sanitaire. La dette rapportée au PIB augmente alors mécaniquement sous le poids des intérêts, sauf excédent primaire suffisant, soit un solde positif hors intérêts.

Le choix de l'hypothèse engage la trajectoire du budget

Une hypothèse haute relève les recettes attendues et rend l'objectif de déficit plus accessible dans le projet de budget. Une hypothèse prudente oblige à y inscrire davantage de mesures pour la même cible.

Dans son avis d'octobre 2025, le Haut Conseil jugeait optimistes les hypothèses d'un scénario associant forte réduction du déficit et accélération de l'activité. La Cour des comptes écrit en juin 2026 que la prévision de 1,0 % « apparaissait optimiste à l'automne 2025 ».

Retenir une hypothèse haute ou prudente reste un arbitrage de trajectoire, soumis chaque année à l'avis public du Haut Conseil.


Sources

[S1] Ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Le Gouvernement actualise ses prévisions de croissance et d'inflation pour 2026 et 2027, communiqué de presse, 11 septembre 2026

[S2] Haut Conseil des finances publiques, Avis n°HCFP-2025-5 relatif aux projets de lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2026, 9 octobre 2025, § 35 et 70

[S3] INSEE, Note de conjoncture, « Vigilance orange sur la croissance », 10 septembre 2026, p. 4, 10-11

[S4] Haut Conseil des finances publiques, secrétariat permanent, Éric Dubois et Guillaume Gilquin, Les prévisions macroéconomiques et de finances publiques du Gouvernement et leur réalisation, note d'étude n°2024-2, septembre 2024, p. 1-8, 19-20, 23-24, 28. N'engage que ses auteurs, pas le Haut Conseil.

[S5] INSEE, Évolution du produit intérieur brut et de ses composantes, données annuelles, comptes nationaux base 2020, mise à jour du 29 mai 2026

[S6] Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026, p. 46-47, 52, tableau 8

[S7] INSEE, En 2023, le déficit public s'élève à 5,5 % du PIB, la dette publique à 110,6 % du PIB, Informations rapides n°74, 26 mars 2024, fichier de données, série de PIB utilisée pour le calcul du ratio

[S8] INSEE, En 2022, le déficit public s'élève à 4,7 % du PIB, la dette publique à 111,6 % du PIB, Informations rapides n°75, 28 mars 2023, fichier de données, série de PIB utilisée pour le calcul du ratio

[S9] Eurostat, communiqués de presse sur la notification de printemps des données de déficit et de dette, années 2004 à 2008 et 2010 à 2019, tableau France, ligne « GDP mp (million euro) », p. 4 pour 2004 et p. 5 ensuite : n°39/2005, 18 mars 2005, n°48/2006, 24 avril 2006, n°55/2007, 23 avril 2007, n°54/2008, 18 avril 2008, n°56/2009, 22 avril 2009, n°60/2011, 26 avril 2011, n°62/2012, 23 avril 2012, n°64/2013, 22 avril 2013, n°64/2014, 23 avril 2014, n°72/2015, 21 avril 2015, n°76/2016, 21 avril 2016, n°67/2017, 24 avril 2017, n°69/2018, 23 avril 2018, n°67/2019, 23 avril 2019, n°65/2020, 22 avril 2020

[S10] Prévisions de solde de chaque projet de loi de finances. Pour 2004 à 2013, Sénat, rapports généraux de la commission des finances sur le projet de loi de finances, tome I : PLF 2004, n°73, session 2003-2004, 20 novembre 2003, PLF 2005, n°74, session 2004-2005, 25 novembre 2004, PLF 2006, n°99, session 2005-2006, 24 novembre 2005, PLF 2007, n°78, session 2006-2007, 23 novembre 2006, PLF 2008, n°91, session 2007-2008, 22 novembre 2007, PLF 2010, n°101, session 2009-2010, 19 novembre 2009, PLF 2011, n°111, session 2010-2011, 18 novembre 2010, PLF 2012, n°107, session 2011-2012, 17 novembre 2011, PLF 2013, n°148, session 2012-2013, 22 novembre 2012. Pour 2014 à 2017, avis du Haut Conseil des finances publiques sur le projet de loi de finances : n°HCFP-2013-3, 25 septembre 2013, p. 4, n°HCFP-2014-5, 26 septembre 2014, p. 4, n°HCFP-2015-3, 30 septembre 2015, p. 16, n°HCFP-2016-3, 23 septembre 2016, p. 2 et 17. Pour 2018 et 2019, Direction générale du Trésor, rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances, pages du PDF : PLF 2018, octobre 2017, p. 80, PLF 2019, octobre 2018, p. 72. Pour 2022 et 2023, note d'étude [S4], p. 23-24.