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Budget

Aide au développement : 14,3 milliards d'euros, soit 208 € par habitant

En 2024, la France a déclaré 14,3 milliards d'euros d'aide publique au développement. Les organisations internationales et la part française de l'aide du budget européen en représentent 6,2 milliards. Sur le reste, 2,2 milliards, soit 15 % du total, sont dépensés en France pour des réfugiés et des étudiants.

Plus de quatre euros sur dix passent par l'Europe et les organisations internationales

En 2024, la France a consacré 14,3 milliards d'euros à l'aide publique au développement, selon l'OCDE, soit 208 euros par habitant. C'est 0,48 % de son revenu national brut (RNB), l'ensemble des revenus perçus par ses résidents. La France est cette année-là le cinquième pays donateur en volume.

Ce montant suit la mesure du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE, dite en « équivalent-don » : un don compte pour son montant, un prêt pour sa seule part donnée. La loi de 2021 et l'objectif de 0,7 % fixé à l'ONU s'expriment dans cette mesure, seule comparable entre pays.

Les institutions multilatérales, communes à plusieurs pays, en reçoivent 6,2 milliards, soit 43,7 % du total. La plus grosse part, 3,5 milliards, est la quote-part française des dépenses d'aide du budget européen. Elle passe par la contribution française à l'Union, hors de la mission budgétaire de l'aide. Les 8,0 milliards restants forment l'aide bilatérale, gérée directement par la France.

Ce que contiennent les 14,3 milliards d'aide de 2024

Aide publique au développement de la France, en équivalent-don, 2024

Multilatéral : 6,2 Md€

Union européenne, part française

3,5 Md€

Autres institutions multilatérales

2,7 Md€

Bilatéral : 8,0 Md€

Autres dons bilatéraux

3,1 Md€

Prêts, part donnée

1,7 Md€

Accueil des réfugiés en France

1,1 Md€

Études et bourses en France

1,0 Md€

Frais administratifs

782 M€

Instruments du secteur privé

231 M€

Allègements de dette

94 M€
Source : [S1]

Hors accueil des réfugiés, études et frais administratifs, les autres dons bilatéraux pèsent 3,1 milliards, moins que la part européenne.

Les prêts pèsent deux fois plus dans l'aide française que dans le CAD

En 2024, la France a prêté 4,4 milliards d'euros au titre de l'aide, dont l'équivalent-don ne retient que 1,7 milliard, selon l'OCDE. Le CAD calcule cette part donnée avec un taux de référence : 9 % pour les pays les moins avancés (PMA), moins pour les autres. Plus ce taux dépasse celui du prêt, plus la part donnée grandit. À conditions égales, un prêt à un PMA compte donc davantage.

En 2024, les prêts pèsent 11,9 % de l'aide française, contre 5,7 % pour l'ensemble des pays du CAD. La France est le quatrième membre du CAD le plus prêteur, loin derrière le Japon, à 47,2 %.

15 % de l'aide est dépensée en France

En 2024, 1,1 milliard d'euros couvre l'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés pendant leurs douze premiers mois, selon l'OCDE. Le coût estimé de la scolarité d'étudiants venus de pays éligibles à l'aide compte pour 827 millions, les bourses pour 193 millions. Au total, 2,2 milliards d'euros, soit 15 % de l'aide publique au développement de 2024, sont dépensés en France. Les règles du CAD autorisent à compter ces dépenses réelles.

L'accueil des réfugiés pèse 7,9 % de l'aide française, contre 13,0 % pour l'ensemble du CAD et 19,0 % en Allemagne. Les étudiants pèsent à l'inverse 5,8 %, plus de trois fois l'ensemble du CAD, à 1,7 %. L'Allemagne en compte davantage, à 7,2 %.

Les bénéficiaires sont surtout des pays à revenu intermédiaire, aidés sous des formes très différentes

Selon les données définitives du Trésor, déclarées à l'OCDE, l'aide attribuée à un pays précis atteint 5,0 milliards d'euros en 2024. Les pays à revenu intermédiaire en reçoivent 45,2 % pour les moins riches d'entre eux et 16,7 % pour les autres, les PMA 37,0 %.

Les dix premiers bénéficiaires de l'aide française en 2024

Aide attribuée au pays, en équivalent-don, millions d'euros

Côte d'Ivoire

355,5

Maroc

318,1

Égypte

214,5

Sénégal

175,1

Liban

153,0

Cameroun

149,0

Bangladesh

145,2

Wallis-et-Futuna

143,0

Algérie

140,5

Bénin

133,5
  • Pays les moins avancés
  • Revenu intermédiaire, tranche inférieure
  • Revenu intermédiaire, tranche supérieure
Source : [S2]

Huitième, Wallis-et-Futuna, collectivité française d'outre-mer, figure sur la liste des bénéficiaires du CAD.

En tête, la Côte d'Ivoire reçoit surtout des formes d'aide autres que les études et les prêts. Au Maroc, le coût d'études en France pèse 41 % de l'aide reçue. Pour l'Égypte, la part donnée des prêts fait 87 % de l'aide. Le Sénégal, seul PMA des quatre, figurait parmi les 19 pays prioritaires de l'aide française, une liste supprimée par le comité interministériel en 2023.

Ce que recouvre l'aide reçue par les quatre premiers bénéficiaires

Équivalent-don 2024, millions d'euros

Côte d'Ivoire

355,5

Maroc

318,1

Égypte

214,5

Sénégal

175,1
  • Études en France
  • Prêts, part donnée
  • Autres formes d'aide
Source : [S2]

Loin de la promesse de 0,7 %, l'aide recule en 2025 selon les premières données

La loi du 4 août 2021 fixait 0,55 % du RNB pour 2022, un jalon tenu à 0,56 % selon l'OCDE. Pour 2025, elle prévoyait que la France « s'efforcera d'atteindre 0,7 % », avec des cibles intermédiaires « à titre indicatif ». Le comité interministériel du 18 juillet 2023 a reporté cet objectif à 2030, sans modifier la loi.

Selon les données préliminaires publiées par l'OCDE en avril 2026, seule source à ce jour, l'aide a reculé à 12,9 milliards d'euros en 2025. Elle revient à 0,42 % du RNB, son niveau de 2018. Les contributions multilatérales portent 96 % du recul, l'aide bilatérale restant stable. La Cour des comptes attendait cette « baisse marquée ».

Aide au développement en part du revenu national, 2018-2025

Équivalent-don, en % du revenu national brut

00,20,40,60,81
20182019202020212022202320242025
  • France
  • Allemagne
  • Royaume-Uni
  • Ensemble du CAD
  • 2025 : préliminaire
  • jalon de la loi
  • cibles indicatives
Sources : [S1] [S4] [S5]

Selon les données préliminaires de l'OCDE, l'Allemagne passe de 0,85 % de son RNB en 2022 à 0,56 % en 2025, l'ensemble du CAD de 0,37 % à 0,26 %. La France reste au-dessus du CAD.

La mission budgétaire « Aide publique au développement » ne finance qu'une partie de l'aide. Ses crédits passent de 4,4 milliards d'euros dans la loi de finances pour 2025 à 3,2 milliards dans le projet de loi de finances pour 2027. À périmètre constant, la baisse atteint 27,5 %, mais le projet reste amendable. Les engagements pluriannuels étalent l'effet de ces coupes sur l'aide.

Pour la commission des finances du Sénat, les dépenses de la mission sont stables entre l'exécution 2017 et le projet de budget 2026, inflation déduite et à périmètre constant. Pour la Cour des comptes, les objectifs à horizon 2030 « semblent aujourd'hui abandonnés de facto ». Une « révision explicite des objectifs » lui paraît « difficilement évitable ».

Trop généreuse pour les uns, insuffisante pour les autres, l'aide de 2024 reste un agrégat dont 15 % sont dépensés en France et où un prêt ne compte que pour sa part donnée.


Sources

[S1] OCDE, Comité d'aide au développement, DAC1 : Flows by provider (ODA+OOF+Private), base de données SDMX, version 1.7, extraction du 4 octobre 2026. Données 2025 préliminaires, publiées le 9 avril 2026. Série APD en équivalent-don et ventilation par type d'aide, France et membres du CAD, 2018-2025. https://sdmx.oecd.org/public/rest/data/OECD.DCD.FSD,DSD_DAC1@DF_DAC1,/..1+1010+1015+2000+11002+11010+11015+11016+11017+11019+11020+11021+11022+11026+11040+12000+1820+1520+1510+1500+1600+1700+1800+1810+1900+1100+1200+1300+1400+1220+2101+2102+2103+2104+2105+2108.....?startPeriod=2008&endPeriod=2025&format=csvfilewithlabels

[S2] Direction générale du Trésor, Aide publique au développement 2018-2024, portail data.aide-developpement.gouv.fr, jeu « aide-publique-au-developpement », année de déclaration 2024, consulté le 4 octobre 2026. https://data.aide-developpement.gouv.fr/api/explore/v2.1/catalog/datasets/aide-publique-au-developpement/records

[S3] Gouvernement, Document de politique transversale « Politique française en faveur du développement », annexe au projet de loi de finances pour 2026, octobre 2025. P. 12-13, 23, 107-110, 119, 136. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/contenu/visualisation/1090070/file/1-DPT2026_Developpement.pdf

[S4] Loi n° 2021-1031 du 4 août 2021 de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, version en vigueur, art. 2, modifié par l'art. 17 de la loi n° 2024-582 du 24 juin 2024, Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000043898536

[S5] Cour des comptes, Analyse de l'exécution budgétaire 2025, mission Aide publique au développement, avril 2026. P. 6-7, 15, 48-49, 76. https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2026-04/NEB-2026-Aide-publique-au-developpement.pdf

[S6] Assemblée nationale, Projet de loi de finances pour 2027, n° 3210, octobre 2026. Tableau de comparaison LFI 2026 et PLF 2027 par mission et programme, p. 307-308 de la numérotation PDF. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b3210_projet-loi.pdf

[S7] Sénat, commission des finances, M. Canévet et R. Daubet, rapporteurs spéciaux, Rapport sur le projet de loi de finances pour 2026, mission Aide publique au développement, novembre 2025. Rapport non paginé. « L'essentiel », I, A, sous le graphique « Évolution des crédits de la mission sur la période 2018-2026 », puis paragraphe qui suit « Il importe toutefois de pondérer l'analyse de l'évolution des crédits de la mission à plus long terme », note 1 ; corps du rapport, I, B, 2. https://www.senat.fr/rap/l25-139-34/l25-139-340.html ; version intégrale : https://www.senat.fr/rap/l25-139-34/l25-139-34_mono.html

[S8] INSEE, Bilan démographique 2025, Insee Première n° 2087, 13 janvier 2026. Figure 1, p. 1 ; encadré Sources, p. 4. Populations au 1er janvier 2024 et 2025 provisoires. https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8719824/ip2087.pdf